26/12/20 3 questions à

Comment le Groupe ADP s’engage-t-il pour la biodiversité ?

Au sein de ses trois aéroports franciliens, le Groupe ADP compte près de 3 000 hectares de prairies et espaces verts. On y croise plus de 800 espèces végétales et animales, dont certaines espèces d’oiseaux considérées comme menacées au niveau régional, à l’instar du chardonneret élégant ou du moineau friquet. Dans le contexte d'une extinction de masse de familles de plantes et d’animaux décrite par les scientifiques, Alice Etienne nous détaille les engagements pris par le Groupe ADP pour protéger la biodiversité.

Alice Etienne est chargée de projets environnement et responsable de la coordination des systèmes de management environnementaux du Groupe ADP. Elle participe ainsi à la conception et à la mise en œuvre de la politique environnementale du groupe autour de plusieurs sujets : la biodiversité, mais aussi la gestion des déchets, de la pollution ou l’eau.

Pourquoi la biodiversité est-elle un sujet important pour le Groupe ADP ?

Alice Etienne : C’est un sujet majeur pour tout le monde en réalité, comme peut l’être le changement climatique. Les travaux internationaux concernant la biodiversité sont plus récents mais tout aussi importants : les recherches montrent que la perte de biodiversité est étroitement liée à de multiples facteurs d’érosion, comme l’artificialisation des sols ou les pollutions, et qu’il est urgent d’agir.

1 000 000

espèces sont menacées d’extinction

En 2019, la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a publié un rapport alarmant sur l’état d’effondrement de la biodiversité : 1 million d’espèces sont menacées d’extinction au cours des prochaines décennies. Ce chiffre, sans précédent, révèle une véritable menace pour le maintien du vivant et la bonne santé de notre planète et de l’ensemble de ses occupants.

De par la nature de nos activités, nous avons un rôle essentiel à jouer pour préserver la biodiversité. Déjà, parce que ce sujet revêt un caractère très local. Or, le Groupe ADP gère une surface foncière considérable en Île-de-France. En tant que constructeur, aménageur et exploitant, nous mobilisons au quotidien diverses ressources (matériaux de construction, combustible pour l’énergie, produits divers…) dont l’extraction et la production peuvent peser sur la biodiversité, locale ou globale.

La moitié de la surface des aéroports parisiens, soit près de 3 000 hectares, est composée de prairies et d'espaces verts.

Par ailleurs, les secteurs aéroportuaire et aérien ont un fort impact sur l’environnement, le climat, et par capillarité, sur la biodiversité : le changement climatique, comme le mouvement et le développement d’espèces exotiques envahissantes sont deux des cinq principaux facteurs d’érosion de la biodiversité, d’après l’IPBES. Si ces facteurs relèvent principalement des activités de nos parties prenantes, et notamment les compagnies aériennes, notre influence est indirecte, et nous sommes conscients de cette responsabilité élargie.

L’effondrement de la biodiversité est aussi, à long terme, une menace plus ou moins directe pour le maintien de nos activités. On peut penser par exemple aux activités de tourisme de nature, qui reposent sur l’existence d’écosystèmes sains. Et, parce que c’est d’actualité, il faut bien sûr rappeler que la pandémie de Covid-19, qui a un impact majeur sur le secteur aérien, est directement liée à la surexploitation de milieux naturels et de la biodiversité par les activités humaines.

En fait, tout est entremêlé. Ce qu’il faut retenir, c’est que nous nous inscrivons dans un système complexe, dans lequel nous avons notre part de responsabilité, et que le Groupe ADP souhaite assumer.

Comment la biodiversité s’inscrit-elle dans la stratégie du Groupe ?

En 2018, nous avons pris une première série d’engagements avec act4nature, une initiative collective de 65 entreprises, née la même année, et portée par l’association Entreprises pour l’Environnement (EpE). Ces engagements s’articulaient autour de quatre axes principaux :

  • L’amélioration de nos connaissances sur la biodiversité, pour mieux gérer la faune et la flore de nos espaces, via la réalisation d’inventaires réguliers ;
  • La sensibilisation à la biodiversité : c’est là que notre partenaire, l’association Aéro Biodiversité entre en jeu (NDLR : pour en savoir plus sur l’action d’Aéro Biodiversité, découvrez notre interview de Julia Seitre, sa co-fondatrice). Ainsi, depuis 2017, près de 250 salariés du Groupe ADP et de nos entreprises partenaires ont participé à des actions d’observation de la biodiversité ;
  • L’intégration des enjeux de la biodiversité lors de la conception de nos plateformes et de nos aménagements. Dans cette optique, nous produisons des schémas directeurs destinés aux aménageurs et porteurs des projet. Ces documents d’encadrement apportent des recommandations et des outils pour intégrer la biodiversité dès la conception d’un projet, qu’il s’agisse d’un réaménagement, d’une réhabilitation ou d’une nouvelle construction ;
  • La gestion écologique des espaces verts, que l’on pourrait aussi appeler gestion responsable, via notamment la réduction des produits phytosanitaires. Nous gérons de grands espaces verts, parfois attractifs pour la faune et, en même temps, nous devons assurer la sécurité aéronautique en garantissant la visibilité des pilotes et en évitant à tout prix les collisions entre les oiseaux et les avions. Nous sommes donc amenés à combiner deux enjeux parfois contradictoires.

 

Justement, comment conjuguez-vous la préservation de la biodiversité et la nécessité d’éloigner certains oiseaux ?

La réglementation de l’aviation civile et les enjeux de sécurité aéronautique nous obligent à prévenir et gérer le risque animalier, à savoir éviter les collisions entre les avions et les oiseaux. (NLDR : retrouvez plus d’informations sur le risque aviaire sur le site du ministère de la Transition Écologique, chargé des Transports).

Il existe plusieurs manières, plus ou moins impactantes, de gérer ce risque et d’éloigner les espèces à risques des zones de collision potentielle. C’est principalement le travail des agents de prévention du risque animalier, les effaroucheurs.

Aujourd’hui, nous adoptons de plus en plus une logique de prévention, qui passe évidemment par une bonne connaissance de notre faune, en essayant notamment de diriger ces oiseaux vers des endroits où ils ne sont pas dangereux. En réduisant notre utilisation des produits phytosanitaires par exemple, pour leur préférer un traitement mécanique des espaces verts, nous sommes davantage capables d’orienter les espèces à risque vers des zones rendues attractives, et d’éviter qu’elles ne se retrouvent dans des endroits d’où les effaroucheurs doivent les chasser en les effrayant (par leur présence, du bruit, ou des dispositifs lumineux, principalement). Concrètement, cela peut se traduire par le choix de garder une herbe plus haute pour réduire la visibilité des oiseaux de proie, et donc les pousser à chercher à s’alimenter ailleurs.

Nous travaillons donc à une gestion intégrée de la biodiversité, en créant des synergies entre la gestion de nos espaces verts et celle du risque animalier, pour parvenir à un meilleur équilibre écologique sur nos terrains.

Un chardonneret élégant, espèce menacée que l’on retrouve dans les espaces du Groupe ADP.

En 2020, vous avez pris de nouveaux engagements concernant la biodiversité : lesquels ?

Nos engagements de 2018 portaient vraiment sur notre cœur de métier : la construction, la gestion, l’exploitation d’infrastructures aéroportuaires.

Aujourd’hui, au regard de l’urgence, nous élargissons ce périmètre à l’ensemble de notre cycle d’activité, mais également à nos sphères d’influence. Par exemple, nous souhaitons renforcer le travail avec les compagnies aériennes et les douanes sur les trafics d’espèces, un sujet qui relève de leur responsabilité mais pour lequel nous pouvons être facilitateurs. Nous voulons aussi encourager les commerces et les restaurants qui produisent des biens et services vendus dans nos infrastructures à devenir plus respectueux de la biodiversité, en intégrant des prescriptions spécifiques dans leurs contrats.

Nous intégrerons également des critères plus stricts dans nos politiques d’achat, notamment pour les matières présentant un risque accru pour la biodiversité : le bois, le papier, l’alimentation, l’énergie biosourcée, etc.

Nous étudierons aussi la faisabilité du déploiement du concept de « zéro-artificialisation nette » des sols pour nos projets, un concept visant à empêcher l’expansion des surfaces artificialisées ou imperméabilisées.

Act4nature prend une dimension internationale, les engagements du Groupe ADP également ?

Tout à fait.

En 2020, act4nature est devenu act4nature international. Le sujet de la biodiversité est global et prend de plus en plus d’ampleur. En juin 2020, devait se tenir à Marseille le congrès mondial de Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et, en octobre de la même année, la convention de l’ONU sur la diversité biologique (COP15), à Kunming, en Chine. Les États, les associations, les entreprises sont mobilisés pour contribuer aux négociations du futur cadre international qui est en train de se créer.

De notre côté, nous élargissons le périmètre de nos engagements à nos plateformes situées à l’étranger. Chaque plateforme devra ainsi déployer une feuille de route et un suivi des actions en faveur de la biodiversité, dans la lignée des ambitions Groupe définies dans act4nature international.

Notons aussi que, cette année, act4nature s’est doté d’une nouvelle procédure de validation des engagements. Tous sont relus par un comité de pilotage, composé de scientifiques, d’ONG, de pouvoirs publics, d’entreprises. Le dispositif est donc plus engageant qu’auparavant.

L’aéroport de Paris-Orly est passé au « zéro phyto » depuis 2015. Pourquoi la transition est-elle plus longue sur d’autres plateformes, notamment à l’étranger ?

Ce n’est pas forcément le cas. Par exemple, l’aéroport de Liège, en Belgique, est également zéro phyto : l’usage des pesticides est en effet interdit dans les espaces publics wallons depuis 2019.

- 73 %

de produits phytosanitaires en 11 ans, de 2008 à 2019, sur l’ensemble des aéroports et aérodromes franciliens.

L’objectif est d’éliminer les produits phytosanitaires à horizon 2025 pour la France, et 2030 pour le reste de nos plateformes. Ce qu’il faut comprendre c’est que la dimension de groupe international est récente pour nous, et par conséquent, l’intégration d’une politique environnementale au niveau groupe est assez nouvelle. Dans ce contexte, nous ne pouvons pas imposer le même rythme à des plateformes qui ne sont encore emparées du sujet qu’à la France, où le travail est déjà engagé, encouragé par une réglementation souvent plus contraignante.

Un moineau friquet, une autre espèce menacée que l’on retrouve dans les espaces du Groupe ADP.

En quoi vos engagements pour la biodiversité vont-ils bénéficier aux riverains ?

Les riverains ont déjà la possibilité de participer à nos actions de sensibilisation. Nous commençons à leur ouvrir les visites à la découverte de la biodiversité, alors qu’elles étaient jusqu’à présent réservées aux salariés du groupe, et exceptionnellement aux scolaires.

Nous allons également à la rencontre du public lors d’évènements comme les Assises nationales de la biodiversité, qui ont réuni 1 400 participants en juin 2019, ou le forum de Paris sur la paix, en octobre 2019. Nous animons des stands avec Aéro Biodiversité pour échanger avec les riverains, mais aussi les collectivités et les associations sur nos pratiques en matière de gestion de la biodiversité.

Nous avons aussi organisé plusieurs animations au sein de nos Maisons de l’Environnement et du Développement durable (MDEDD) : une conférence autour de la biodiversité à Paris-Orly en décembre 2019, et d’autres sur l’histoire des changements environnementaux ou même des sujets plus larges comme les balades naturalistes en Ecosse !

Au-delà de la sensibilisation, n’oublions pas qu’un sujet comme celui du zéro phyto est très local. Il contribue à la création d’un environnement plus sain. Et puis, mener des projets de développement qui valorisent la biodiversité, c’est concevoir des espaces plus végétalisés et plus agréables pour tous.

Enfin, les riverains fréquentent certains commerces implantés sur nos plateformes. Le fait de travailler avec ces derniers pour une offre plus respectueuse de la biodiversité peut donc leur bénéficier directement.

Comment allez-vous suivre vos engagements dans le temps ?

Ces engagements seront dans un premier temps formalisés dans des feuilles de route propres aux différentes plateformes. Ces documents opérationnels fixeront le cap et définiront des actions tangibles, qui pourront être précisées selon les spécificités de chaque plateforme. Ce travail de traduction des ambitions Groupe dans un plan très concret sera l’objet de la politique environnementale que nous déploierons sur l’année 2021.

Aujourd’hui, il n’existe pas d’indicateur de performance de référence en matière de biodiversité, comme peut l’être la mesure des émissions de CO2 pour le réchauffement climatique. Mais l’un de nos nouveaux engagements vise justement à étudier la mesure de notre impact et définir des indicateurs pertinents.

Quelle gouvernance avez-vous mise en place ?

La direction du Développement durable et des Affaires publiques porte nos ambitions auprès de l’ensemble des acteurs de l’entreprise. Certains salariés ont également un rôle opérationnel majeur, comme les gestionnaires d’espaces verts et les agents de prévention du risque animalier, qui ont une casquette biodiversité sur le terrain, ou les responsables du développement qui, au sein de la direction de l’Ingénierie et de l’Aménagement, imaginent et dessinent l’aéroport de demain, et la façon dont la biodiversité s’y intègre.

Ce qui est sûr, c’est qu’avec ces nouveaux engagements, et l’intégration de l’ensemble du Groupe, cette gouvernance devra être renforcée.

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