30/03/21 3 questions à

La géothermie de Paris-Orly fête ses 10 ans de service

Mis en service fin 2010, le système de chauffage par géothermie de Paris-Orly fête cette année ses 10 ans d'existence. Le dispositif, très respectueux de l'environnement, est amené à se développer encore dans les prochaines années. Mais au fait, comment fonctionne-t-il ? Entretien avec Marc Boufflers, responsable du pôle Energie & Réseaux de l'aéroport.

Chantier de la géothermie à Paris-Orly (2010)

Chantier de la géothermie à Paris-Orly (2010)

EV : Marc Boufflers, vous êtes responsable du pôle Energie & Réseaux de Paris-Orly. Pouvez-vous nous présenter votre métier ?

MB : Mes activités recouvrent un périmètre large. Je supervise à la fois les systèmes de gestion du cycle de l’eau, les infrastructures routières, les systèmes informatiques industriels, mais également les systèmes de production et de distribution d’énergie de toute la plate-forme.

EV : Pouvez-vous nous expliquer la raison de l’existence d’un système de chauffage géothermique à Paris-Orly ?

MB : Ce qu’il faut savoir, c’est qu’une partie de l’Île-de-France, dont Paris-Orly, est située juste au-dessus d’un aquifère – une mer souterraine salée et très riche en soufre – qui se trouve à 1 800 mètres de profondeur. L’eau y a une température moyenne de 74°C. Nous exploitons ce réservoir de chaleur depuis fin 2010 pour chauffer nos infrastructures !

EV : Et comment cela fonctionne ?

MB : Eh bien, c’est justement l’apport calorique de cette eau qui nous permet de chauffer les bâtiments de la plate-forme et de couvrir les besoins d’eau chaude sanitaire. Nous l’utilisons en circuit fermé grâce à un doublet de géothermique : ce sont deux puits profonds de 1800 mètres, qui ont chacun un rôle. Le premier est utilisé pour extraire l’eau chaude à 74°C grâce à une pompe située à 300 mètres sous le niveau du sol, l’autre sert à la réinjection de cette même eau dans l’aquifère, après refroidissement dans un échangeur de chaleur en surface.

28 GWh

de production annuelle (équivalent de la consommation de 5 000 logements, soit environ 35 % des besoins de l'aéroport.

Un échangeur de chaleur ?

Un échangeur de chaleur est un dispositif permettant de transférer l'énergie thermique d'un fluide vers un autre sans les mélanger.

MB : la chaleur extraite est ensuite injectée sur le réseau de chauffage de l’aéroport

La règlementation nous impose de ne pas réinjecter l'eau prélevée à moins de 40°C dans l'aquifère pour préserver son équilibre

Marc Boufflers

responsable du pôle Energie & Réseaux de Paris-Orly

EV : Quel est l’intérêt d’un système de chauffage par géothermie ?

MB : Le chauffage par géothermie est considéré comme une énergie entièrement renouvelable. C’est-à-dire qu’en l’utilisant, on produit de la chaleur sans rejeter de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Et cela s’inscrit pleinement dans notre démarche de développement durable. La production de chaleur par la géothermie nous permet d’éviter le rejet annuel de 7 000 tonnes de CO2 par rapport à une production de chaleur au gaz naturel.

EV : Est-ce la seule source de chaleur de l’aéroport ?

MB : Non. Nos sources énergétiques sont issues de la géothermie, de la récupération de chaleur fatale produite par l’unité de valorisation énergétique de Rungis et enfin d’un système de chauffage au gaz naturel, qui se répartissent à parts égales notre production annuelle de chaleur.

La chaleur fatale produite par l'unité de valorisation énergétique de Rungis est considérée comme une énergie de récupération, neutre en CO2.

EV : Est-il prévu d’augmenter la part de la géothermie dans ce mix énergétique ?

MB : Absolument ! Aujourd’hui, des contraintes techniques de réseau ne nous permettent pas d’exploiter pleinement le système de chauffage par géothermie de l’aéroport. Nous avons pour objectif, en y ajoutant une pompe à chaleur, d’augmenter son potentiel énergétique. D’ici 2024, on aura donc 50 % de Paris-Orly qui sera chauffé par la géothermie (et sa pompe à chaleur), et 80% de la production de chaleur pour les besoins de l’aéroport sera décarbonée.

50 %

de l'aéroport sera chauffé par le système de chauffage par géothermie à l'horizon 2024.

EV : En dehors des périodes hivernales, les systèmes de chauffage sont-ils en service ?

MB : Oui, car il faut répondre aux besoins en eau chaude sanitaire tout au long de l’année. Nous privilégions systématiquement l’utilisation de la géothermie et de la chaleur fatale. En hiver, l’utilisation du gaz naturel intervient en complément quand les températures descendent en dessous de 5°C, ou très exceptionnellement et ponctuellement en secours.

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