29/11/21 3 questions à

Magali Jobert, directrice de l’AFMAé

Mixité, excellence, engagement : ce sont les trois mots d’ordre de l’Association pour la Formation aux Métiers de l’Aérien (AFMAé) dont Magali Jobert vient de prendre la direction. Elle nous dévoile ses ambitions pour 2022, marquées par sa volonté de relancer les formations de ce secteur porteur et de redonner goût aux métiers de l’aérien.

Magali Joubert, directrice de l'AFMAé

Magali Joubert, directrice de l'AFMAé

« Nous sommes déterminés à accompagner les jeunes dans la construction de leur avenir »

Magali Jobert a la joie d’avoir été formée dans l’école qu’elle dirige aujourd’hui, qui ne s’appelait pas encore l’AFMAé mais était alors connue sous le nom du Centre d’instruction de Vilgénis. C’est là où elle a d’abord obtenu son diplôme de mécanicienne avion, à une époque où les femmes étaient très minoritaires dans le secteur. Après 24 ans au sein d’Air France Industries, où elle a alterné entre poste d’exécutante et poste d’encadrante pour devenir finalement dirigeante de la joint-venture de maintenance iGO Solutions, elle a pris la direction de l’AFMAé le 1er août 2021. Rencontre.

C’est quoi, l’AFMAé ?

L’AFMAé regroupe le CFA des Métiers de l’aérien avec une offre de formation continue, ce qui correspond respectivement aux métiers techniques et tertiaires en apprentissage et aux reconversions professionnelles ou plans d’entreprises.

Implantée au nord et au sud de l’Île-de-France, l’association compte un grand nombre d’entreprises partenaires : Air France et Air France Industries mais aussi Safran, Airbus Helicopters, Air Corsica, IGO Solutions, Corsair ou encore Dassault Falcon Service. Plus globalement, l’association travaille avec tout le tissu du secteur de l’aérien en Île-de-France.

Destinée aux jeunes de 15 à 29 ans, l’AFMAé propose, dans le secteur tertiaire, des formations à la relation client pour devenir hôtesse de l’air, steward ou agent d’escale. Côté formation technique, elle fait passer un bac professionnel aéronautique avec différentes spécialités (avionique, système, structure) ainsi que des BTS ou des cursus complémentaires à bac+1, pour disposer d’un bagage technique et acquérir une licence d’aviation civile Part66.

Une grande partie des formations sont réalisées en alternance, avec presqu’autant de théorie que de pratique.

Qu’est-ce qui fait la spécificité des formations proposées par l’AFMAé ?

Ce qui fait la force de l’AFMAé, c’est que nous comptons parmi nos formateurs un grand nombre d’anciens professionnels de l’aérien. Ils forment nos élèves à la rigueur, qui est fondamentale dans le secteur. Nous visons toujours l’excellence dans les résultats aux examens. Pour réussir dans l’aérien, il faut aimer les règles : un socle incontournable à la sécurité des vols ! Ce qui fait la renommée de l’AFMAé auprès des entreprises partenaires, c’est la volonté de faire découvrir nos métiers et nos secteurs avec passion. On parvient à embarquer des jeunes qui pensaient que ces métiers n’étaient pas faits pour eux. Cette passion nous amène à créer des formations d’exception, pour les tirer vers le haut. C’est un véritable moteur pour nous.

« Notre passion nous amène à créer des formations d’exception, pour tirer les jeunes vers le haut. »

15 à 29 ans

c’est la tranche d’âge concernée par les formations de l’AFMAé

Quelles relations entretenez-vous avec les riverains pour recruter ces jeunes ?

La majeure partie de nos jeunes viennent d’Île-de-France, et une petite partie de province et des DOM-TOM. L’envie de l’AFMAé était de s’implanter sur les pistes, au plus proche des aéroports, pour bénéficier de cette culture de l’aérien et de la sécurité des vols. Nos apprenants doivent s’immerger très vite dans ce monde-là.

Nous sommes implantés dans des territoires parfois éloignés de l’emploi. Nous avons à cœur d’aller chercher certains jeunes en difficulté, nous faisons beaucoup de portes ouvertes, nous participons à des salons… En parallèle, nous travaillons sur des dispositifs d’insertion : nous proposons des modules pour acquérir un certain niveau technique et de culture générale pour que les jeunes puissent participer à nos étapes de recrutement. L’objectif pour nous, c’est l’emploi ! Hors période Covid, nos taux d’employabilité se situent entre 80 et 90 %. L’accompagnement des jeunes est un volet important, mais il y aussi celui des parents et des entreprises. Le fait d’être présents sur ces territoires nous donne un rôle important à jouer.

80 à 90 %

c’est le taux d’employabilité des jeunes issus des formations de l’AFMAé (hors période Covid)

« L’objectif pour nous, c’est l’emploi »

Avez-vous prévu des aménagements spécifiques pour les jeunes fragilisés par un handicap ou des difficultés sociales ?

Nous proposons un accompagnement spécifique pour chaque jeune en situation de handicap. Par exemple, nous pouvons mettre en place des tiers-temps, pour les examens mais aussi pour l’ensemble de la formation. Aujourd’hui, nous avons des apprenants qui ont des problèmes de schizophrénie ou de sclérose en plaques : nous nous adaptons à eux à chaque étape, ainsi qu’avec les entreprises.

Du côté des jeunes défavorisés dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, nous prenons en charge la rédaction de tous leurs dossiers de demande d’aide à la région Île-de-France. Par exemple, ils peuvent bénéficier de financements pour passer le permis de conduire, pour se déplacer facilement sur l’ensemble des sites aéroportuaires ! À leur demande, nous pouvons aussi les mettre en relation avec un Point d’Accueil et d’Ecoute Jeunes(PAEJ). Ces structures sont rattachées aux mairies de leurs lieux de résidence.

Lorsqu’ils rejoignent l’AFMAé, on a vraiment envie que ces jeunes réussissent. Peu importe d’où ils viennent, peu importe leur histoire personnelle, nous cherchons à les intégrer et à nous mettre à leur place. L’engagement est un mot qui compte pour nous. Cet engagement doit venir de nous, grâce à une politique d’insertion, d’emploi et d’apprentissage, mais nous expliquons aux jeunes qu’ils doivent également eux-mêmes s’engager pour construire leur propre avenir.

« L’AFMAé s’engage, au travers d’une politique d’insertion, d’emploi et d’apprentissage, mais explique aussi aux jeunes qu’ils doivent eux-mêmes s’engager pour construire leur propre avenir »

Concrètement, comment s’y prendre pour suivre une de vos formations ?

Les différentes étapes :

  • Je vais sur le site : https://www.afmae.fr/
  • Je cible la formation qui m’intéresse
  • Je vois les dates / le créneau sur lequel je peux candidater
  • Je candidate
  • Je suis recontacté par l’AFMAé
  • Je suis accompagné dans le processus de recrutement à distance ou en présentiel
  • Je suis aidé dans la recherche de mon entreprise pour la rentrée de septembre

Quelles ont été les conséquences de la pandémie sur vos formations ?

Avant le Covid, nous pouvions accueillir environ 600 apprenants par an. Aujourd’hui, nous avons perdu près de 45 % de nos apprenants, et on tourne plutôt autour des 300. Lorsque les avions ne volent pas, personne ne nous demande de former des stewards et des hôtesses de l’air. Nous n’avons pu en former aucun depuis deux ans, contre 250 par an auparavant. Même chose du côté des formations techniques : les avions sont beaucoup restés au sol et des entreprises ont déposé le bilan ou se sont séparées de certaines machines. Il était alors difficile de recruter des mécaniciens lorsque les effectifs étaient eux-mêmes au chômage partiel. Nous sommes pour le moment dans le creux de vague, mais travaillons dès à présent avec les entreprises sur la rentrée 2022. La bonne nouvelle, c’est que notre engagement repart à la hausse.

Quelles solutions avez-vous mises en place ?

Nous avons énormément travaillé le passage du présentiel au distanciel sur toutes nos formations. Sans préparation aucune, nous sommes parvenus à recréer tous nos cours à distance. Grâce à cela, nous n’avons perdu aucun élève et avons quand même obtenu 97 % de réussite aux examens ! La fierté de l’AFMAé, ce sont nos majors de promo au niveau national, ainsi que le fait que nous comptions parmi nous le meilleur apprenti de France 2020 dans la catégorie mécanicien structure.

Malgré la distance, nous n’avons pas lâché les jeunes, même ceux qui avaient des difficultés pour se connecter. On les appelait toutes les semaines, on lançait des modules de rattrapage le soir après les cours, pour ne pas les perdre. Cela a été une épreuve pour tout le monde, mais on a appris en marchant.

97 %

c’est le taux de réussite aux examens en pleine pandémie !

« Sans aucune préparation, nous sommes parvenus à recréer tous nos cours à distance. Grâce à cela, aucun élève n’a abandonné »

Comment s’articule votre feuille de route pour les mois à venir ?

À très court terme, il y aura l’ouverture des sessions de nos formations d’agents d’escale, dès début décembre. Les futurs candidats peuvent déjà commencer à se préparer !

Nous allons aussi revoir toute notre stratégie de communication et cibler davantage les parents pour contrer le « bashing » grandissant de l’aérien. Nous avons à cœur de mettre davantage en avant nos priorités environnementales pour le secteur : une aviation propre, un carburant vert, l’aviation électrique, la décarbonation… Par exemple, nous souhaitons développer avec nos jeunes un travail de maintenance sur les avions électriques. Pour la première fois cette année, nous avons expliqué aux élèves ces nouveaux enjeux et les progrès qui sont faits par chaque compagnie en la matière. Dans notre stratégie de l’année prochaine, on est en train de s’associer avec le label Pro Tarmac né pendant la pandémie et composé d’une centaine d’acteurs de l’aéroportuaire et de l’aérien. Ce label garantit que les entreprises évoluent dans le bon sens sur des sujets comme le traitement des déchets ou l’utilisation des nouvelles technologies.

Nous souhaitons aussi nous impliquer davantage dans la reconversion professionnelle, auprès des jeunes de moins de 30 ans éloignés de l’emploi ou auprès des entreprises pour favoriser les reconversions en interne plutôt que les licenciements.

Mon ambition pour 2022, c’est que l’AFMAé s’ouvre au plus grand nombre d’entreprises, y compris des PME. Depuis mon arrivée, je rencontre les territoires et les départements qui me communiquent chaque jour des noms de nouvelles entreprises avec lesquelles travailler.

Il y a aussi un vrai enjeu d’ouverture à l’international : en octobre, après le Sommet Afrique-France, des entreprises m’ont sollicitée pour créer des partenariats avec de nouvelles écoles sur le continent africain. J’ai tout de suite dit oui pour ouvrir cette réflexion.

« l’AFMAé a un vrai enjeu d’ouverture à l’international. »

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