29/09/21 3 questions à

« Une autre Maison de l’Environnement peut exister : dématérialisée, hors les murs, au plus proche du territoire. »

Mélinda Souef, directrice de la Maison de l'Environnement et du Développement Durable (MDE)  de Paris-Charles de Gaulle

Mélinda Souef, directrice de la Maison de l'Environnement et du Développement Durable (MDE) de Paris-Charles de Gaulle

Nouvelle responsable de la Maison de l’Environnement et du Développement Durable de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, Mélinda Souef a bien l’intention de renforcer les liens avec les riverains comme les élus. Forte d’une dizaine d’années d’expérience au sein du Groupe ADP, Mélinda Souef a travaillé comme juriste dans différentes directions opérationnelles du Groupe puis chargée de relations institutionnelles, fonctions qui lui ont permis d’aborder de près les questions liées au développement durable.

 

À l’occasion de sa récente prise de fonction, nous avons échangé avec elle sur l’avenir de la Maison de l’Environnement et du Développement Durable de Paris-Charles de Gaulle : dématérialisation, opportunités d’emploi et mesures anti-bruit sont au cœur de ses préoccupations. Rencontre.

Comment s’est passée la réouverture de la Maison de l’Environnement et du Développement Durable de Paris-Charles de Gaulle, en juillet ?

Avec beaucoup d’enthousiasme de la part des collaborateurs ! La mission d’accueil du public et la pédagogie autour des activités de l’entreprise sont au cœur de leurs préoccupations. Après avoir été privés de ce rapport direct avec les visiteurs, le retour a été très émouvant. Une dizaine d’entre eux a travaillé sur la réouverture de cet été, avec un programme tourné vers le territoire. Cela nous a également permis de nous préparer à accueillir au mieux les visiteurs pour les Journées européennes du patrimoine.

Quels enseignements tirés de vos expériences précédentes, en particulier au sein du Groupe ADP, souhaitez-vous mettre à profit dans vos nouvelles fonctions ?

Le fait d’avoir travaillé sur les sujets qui peuvent faire bouger les politiques m’a beaucoup aidée. À un moment donné, j’ai eu la conviction que l’échelon national était important, mais que les territoires devaient être placés au centre de notre action. Si, souvent, les territoires s’intéressent au sujet prépondérant de la gêne sonore, demain nos populations voisines – et notamment les jeunes ! – vont être intéressées par les questions climatiques. En février dernier, au moment de l’examen du projet de loi sur le climat et de l’abandon de la construction du Terminal 4, je me suis dit qu’il y avait vraiment une carte à jouer sur le volet territoire pour partager notre intérêt commun, celle d’un monde aérien qui change, qui fait sa transition, mais aussi d’une croissance raisonnée, et bénéfique pour tous.

« J'ai la conviction que les territoires doivent être placés au centre de notre action. »

Dans ce contexte si particulier de post-pandémie, quel est votre état d’esprit à l’aube de vos nouvelles fonctions ?

Durant cette crise sanitaire, nos activités se sont figées et la relation aux riverains a forcément été altérée. Notre dynamique habituelle consistant à accueillir le public en a souffert. Aujourd’hui, nous sommes très heureux d’avoir pu remettre en place ce dialogue territorial. Ce temps nous a aussi permis de réfléchir à une offre qui nous permettrait d’aller à la rencontre du riverain là où il se trouve, plutôt que lui vienne à nous. Cette période nous invite à imaginer qu’une Maison de l’Environnement différente peut exister : celle-ci pourrait être agile, en partie dématérialisée, et s’ouvrir hors les murs, directement sur le terrain, au plus proche des territoires.

Concrètement, à quoi aimeriez-vous que ressemblent à l’avenir les relations avec les riverains ?

Beaucoup de choses vont se jouer au niveau de la dématérialisation. Par exemple, si nous avons des collégiens qui doivent réaliser leur stage de troisième dans une entreprise, il nous faut être présents pour aider ceux qui n’ont pas la chance de le trouver dans leur cercle familial. Cela dit, à l’heure du télétravail, il y a aussi des difficultés à trouver des entreprises dont les collaborateurs acceptent d’accueillir un jeune pendant 5 jours. On pourrait envisager de mettre en place un système digital et vivant de chasse au trésor – ou chasse aux métiers – à travers l’aéroport. Le vieil adage « j’accueille à tout prix sur site » ne répondra plus ni à la contrainte du présentiel ni à l’appétence des jeunes pour le numérique et les nouveaux modes de travail.

« Nous devons absolument aider les collégiens qui n’ont pas la chance de trouver leur stage de troisième dans leur cercle familial. »

Autre exemple, cet été, nous avons mené le projet d’ateliers débat-philo avec SEVE, une association extraordinaire qui permet à des enfants de 9 ans ou 10 ans de s’exprimer sur les notions de liberté, de voyage et de culture de l’autre. Les mairies voisines n’ayant pas toutes les moyens de financer un bus, la solution, serait peut-être demain que nous nous déplacions ! Avec cette crise sanitaire, il y a de nouveaux formats à inventer. Notre message et nos actions doivent pouvoir s’incarner partout, et non plus uniquement sur la plateforme. Il faut reprendre le chemin du terrain, au plus proche de nos voisins.

« Avec cette crise sanitaire, il y a de nouveaux formats à inventer. »

Enfin, avec la crise, des emplois ont été détruits et nous devons apprendre à écrire un autre référentiel de métiers. C’est quoi, les métiers de demain ? Que propose-t-on à nos territoires, à nos riverains ? Nous leur devons cet effort- là, de réunir les autres entreprises, les départements, la région pour assurer que nous ne ferons pas de retour en arrière et que nous serons plus forts en cas de nouvelle crise. Nous devons aussi mieux orienter vers les formations d’avenir, pour que les enfants du territoire profitent, demain, des opportunités de notre bassin d’emploi.

« Nous devons à nos riverains de penser les métiers et les formations de demain. »

Quelles sont vos priorités ? Comment va s’organiser le calendrier des semaines à venir ?

Sous l’impulsion de notre autorité, la DGAC [Direction générale de l’aviation civile], nous sommes en train de mettre à jour un plan d’action pour les 5 ans à venir visant à protéger les riverains contre la gêne sonore. Il s’agit d’une mise en œuvre très concrète des trajectoires d’atterrissage des avions, beaucoup plus douces pour nos voisins. Ce dispositif s’appelle la « descente continue » : lors de sa descente, l’avion n’aura plus d’effet de paliers, et n’aura pas besoin de remettre les gaz : il consommera ainsi moins de kérosène et émettra moins de CO2. Surtout, les riverains constateront une amélioration conséquente : on estime que cela permettra une réduction de l’ordre de 5 décibels ! À partir de ce moment, chaque compagnie qui atterrit à Paris-Charles-de-Gaulle devra appliquer cette procédure de façon obligatoire, à compter de 2023.

5

décibels : c’est l’amélioration estimée grâce à la révision des trajectoires d'atterrissage.

Par ailleurs, la crise nous a empêché de fêter l’anniversaire de la Maison de l’Environnement. Nous aurions dû fêter nos 25 ans l’année dernière ! C’est un bel âge 25 ans, mais nous avons besoin de réaffirmer son rôle, de communiquer, et de garder ce lieu largement ouvert à toutes et tous. Ces 25 ans nous amènent à nous projeter, à nous interroger sur la manière dont ce lieu a vieilli et dont il s’apprête à entrer dans une nouvelle ère. Nous allons revoir notre offre, nos façons d’accueillir, et comment nous inventer en dehors de ce lieu-là.

Quelles vont être vos nouvelles relations avec les élus ?

Les municipales, départementales et régionales passées, nous sommes désormais engagés dans une tournée à la rencontre des élus. Ils jouent un rôle crucial dans la réussite de nos territoires et nous voulons assurer une coopération plus étroite encore avec eux, en matière environnementale, économique, sur les sujets liés aux transports ou demain, au tourisme local ou aux jeux olympiques.

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